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· Retour à la maison (8)
Date de création : 05.02.2015
Dernière mise à jour :
11.02.2015
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Mathieu et Nick étaient ensemble depuis six ans et mariés depuis quatre ans. Avec un couple d'amies lesbiennes, ils avaient décidé de construire une famille.
Nick, qui était journaliste, avait appris la veille de son départ pour l'Afghanistan, que Rachel était enceinte. Dans moins de huit mois, ils deviendraient parents.
-Ne pars pas Nick ! Pas là-bas ! Pas maintenant qu'on va avoir un bébé.
-Je serai de retour bien avant le terme. Je ne pars que deux mois
-Mais c'est dangereux
-T'inquiète pas. C'est pas la première fois que j'y vais et il ne m'est jamais rien arrivé.
-Il suffit d'une fois
-Oh mais arrête, tu vas me filer la poisse
Nick rigola et embrassa Mathieu qui avait vraiment un mauvais pressentiment concernant ce reportage. Il aurait tellement préféré que son mari soit journaliste pour la rubrique faits divers du journal local.
Le premier mois, Mathieu fut un peu rassuré. Nick lui donnait des nouvelles aussi souvent qu'il pouvait, ils avaient même pu se parler via la webcam deux ou trois fois.
-Tu me manques mon amour
-Toi aussi, tu me manques, mais dans quinze petits jours, je serai là
-Tu vois, toi tu dis « petits » et moi je sais qu'ils vont me sembler hyper long
-Mais non ! Occupe-toi et tu verras, ça passera vite..........Au fait Rachel va bien ?
-Impeccable. Ça ne se voit pas encore vraiment mais j'ai hâte de l'annoncer à nos parents quand même.
-Tu ne l'as toujours pas fait ?
-Beh non, je veux qu'on le fasse ensemble comme on a dit.
-Je sais mais je pensais que tu n'aurais pas pu t'empêcher de le dire
-M'enfin, tu me prends pour qui ?
-Pour quelqu'un qui a une longue langue
-J'ai pas une longue langue !
-Oh que si et crois-moi que dans certaines situations, je l'adore ta langue
Mathieu vit l'oeil pétillant de son époux sur l'écran et haussa les épaules.
-Andouille !
Nick pouffa de rire
-Bon va falloir que je te laisse..........A très vite mon amour, n'oublie pas : quinze petits jours
-Oui à bientôt, je t'aime
-Moi aussi je t'aime
Dix jours plus tard, Mathieu étaient prévenu que des soldats de l'unité que Nick suivait avait été portés disparus et que c'était également le cas du journaliste.
Le jeune homme s'effondra. Il espéra des jours et des jours recevoir un avis comme quoi il était retenu en otage, au moins ça signifierait qu'il était toujours vivant. Mais rien n'arriva. Les semaines et les mois passèrent et il dut se résoudre au fait que Nick était probablement mort et qu'il ne le reverrait plus jamais.
Lorsque leur fils naquit, il insista pour lui donner le prénom de son défunt mari. Il porterait ainsi le prénom et les gênes d'un de ses papas et aurait le nom de l'autre.
Six mois après sa naissance, le sort s'acharna une fois de plus sur ce petit bonhomme et il perdit ses deux mères dans un accident de voiture. Ce drame provoqua à Mathieu une rage folle envers le destin. Mais plutôt que de se laisser abattre, il décida de relever la tête et de tout faire pour que son fils ait malgré tout une vie des plus heureuses.
En regardant Nicky grandir, Mathieu constata qu'il ressemblait énormément à Nick. On aurait dit sa réplique en miniature. Il lui parlait régulièrement de lui et de ses mamans. Il tenait à ce que son enfant sache qui ils étaient.
Au cours de ces années, le jeune homme se lia d'amitié avec Val qu'il avait rencontré lors la naissance de l'enfant. Il était infirmier. Il s'était beaucoup confié à lui et il avait peu à peu pris une plus grande place dans son quotidien.
Nicky, qui avait à présent quatre ans, l'appelait « tonton Val ». Il l'avait complètement intégré à sa famille et lorsqu'il y a six mois, les deux hommes étaient passé de l'amitié à la relation amoureuse, le petit garçon n'en avait pas paru perturbé.
Mathieu et Val étaient au jardin. C'était encore l'hiver mais cette année, il était assez doux et bien vêtus, ils n'avaient pas froid. Mathieu était un vrai papa poule et il préférait être là quand son fils jouait au jardin. Il n'avait pas encore cinq ans et considérait qu'il était bien trop jeune pour rester sans surveillance dans ses jeux et ce, même si c'était un enfant très éveillé et qui était d'ailleurs une classe à l'avance à l'école. Les deux hommes discutaient de tout et de rien tout en regardant le petit Nicky monter l'échelle et glisser le long du toboggan, un nombre incalculable de fois sans sembler s'en lasser.
-Nicky, pas la tête la première, je te l'ai déjà dit.
-Mais si papa, regarde c'est gai !
-Peut-être mais c'est dangereux, alors tu arrêtes tout de suite ou tu vas être puni
-Oh mais laisse-le. Souviens-toi quand t'étais petit, je suis sûr que tu le faisais aussi.
-Oui et alors ? Il n'est pas obligé de faire toutes les conneries que j'ai faites
-Rabat-joie !
Val observait Mathieu, un sourire au coin des lèvres. Il aimait taquiner son amant sur la sévérité dont il faisait parfois trop preuve à son goût.
-Toi, tu le laisserais tout faire !
-Plus de choses que toi, c'est certain
-Et s'il se fracasse la tête au sol ?
-Ah oui, suis-je bête ! Sans compter qu'il pourrait y avoir une branche qui lors de sa chute lui crève l'oeil. Courageux, il se lèverait mais trébucherait un peu plus loin, se cassant la jambe au passage, il se traînerait alors jusqu'à nous sans voir un morceau de verre au sol qui l'éventrerait littéralement.
-Non mais qu'est-ce que tu peux être con quand tu t'y mets !
Val pouffa de rire devant l'air faussement vexé de Mathieu. Il s'approche ensuite de son homme pour l'embrasser.
-Dégage !
-Oh tu boudes ! Non mais sérieux, il risque une belle bosse, c'est pas bien grave, il en connaîtra d'autres
-Oui mais si je peux éviter à mon fils de souffrir, c'est normal que je le fasse
-Souffrir, souffrir, tout de suite les grands mots.
Mathieu allait répliquer mais le téléphone sonna et il alla décrocher. Quand il revint, il était blême et semblait décontenancé. Val s'en aperçut et s'inquiéta.
-Qu'est-ce qui se passe ? T'es tout blanc.
-C'est Nick.............. Ils l'ont retrouvé............Il est vivant.